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Une réussite de style et de ton, un acte de foi
La réussite est plus que de ton, soulignons-le, elle est de style. Chacun sait que les appels du Général de Gaulle sont d'un de nos plus grands écrivains. On reconnaîtra, à la lecture de ce recueil, que (a radio française de Londres, dans ce qu'elle a de meilleur, a porté à son épanouissement, sous des formes diverses, un genre littéraire original. Assurément, le bavardage et la rhétorique ne manquent pas dans cette production immense. Mais Maurice Schumann, quand les circonstances le portent, sait mêler a la grande tradition du journalisme pamphlétaire les accents d'une éloquence révolutionnaire qui, par-delà les tribuns romantiques, rappellent parfois les orateurs sacrés. Après un tiers de siècle, les commentaires des nouvelles de Bourdan n'ont pas une ride : par la clarté d'exposition, la sûreté de jugement, l'art de tirer rationnellement d'un fait concret des vues d'ensemble, ils révèlent chez leur auteur - mort tragiquement à trente-neuf ans - l'étoffe d'un Tocqueville. Et dans le genre périlleux autant que périssable de la chanson politique, les meilleurs couplets de Van Moppès (en attendant Pierre Dac) s'élèvent au-dessus du pastiche ou de la revue d'étudiant ; s'ils n'ont pas les prétentions littéraires des chansons de Béranger, ils ont sûrement plus de verve, et de pointe.
Mais pour attirer les auditeurs, était-ce assez d'un acte de foi quotidien dans la victoire ? Suffisait-il de tant d'imagination, de talent et de flamme? L'opinion française, assommée par la défaite et se croyant sortie de la guerre, communiait dans le culte du Maréchal. L'Eglise, la Légion, les organisations de jeunesse s'en faisaient les officiants. A partir de février 1941, Paul Marion, secrétaire à l'Information, acheva d'organiser une propagande visant à assurer un conformisme total. En zone nord, l'occupant menait, à l'aide de ses journaux, de ses affiches, de ses mots d'ordre chuchotés, de ses groupements collaborateurs, une action effrénée : il se faisait patriote, socialiste, anticapitaliste, anti-anglais, anti-vichyste même, à l'occasion, avant de devenir farouchement anti-communiste le 22 juin 1941. I1 disposait avec Radio-Paris de l'émetteur le plus puissant d'Europe continentale sur les ondes duquel Dieudonné et Oltramare attaquaient la B.B.C. et « les Français de l'étranger » avec leurs propres armes :
Bibici, ce n'est qu'une sérénade,
Bibici,
Sérénade sans espoir...
Il avait converti les émetteurs d'Argenteuil de l'ancienne Radio-Cité en centrale de brouillage...
Vains efforts ! « A partir de 19 h 30, la radio anglaise domine maintenant l'éther » déplorait le commandant en chef des forces allemandes d'occupation, dans son rapport pour octobre 1940 (1). Que n'aurait-on pas donné, de Londres, pour connaître un tel aveu !
A la fin de l'année 1940, Carlton Gardens et la B.B.C. avaient cependant recueilli assez d'indices favorables pour être persuadés d'avoir contribué à une victoire psychologique, et pour que le Général de Gaulle imaginât et prît le risque d'ordonner, par la voix de la radio, une manifestation nationale : faire le vide dans les rues de 15 à 16 heures, le 1er janvier 1941.
Message d'alerte diffusé à Paris par Radio Cité vers 1940
Début d'émission de Radio Paris le 17 janvier 1941 suivi d'une moquerie sur Churchill
(1). Sur le plan purement technique, la B.B.C. bénéficiait, sans bien s'en rendre compte, d'un double avantage : Radio-Vichy était inaudible dans la moitié de la zone occupée, et Radio-Paris cessait d'émettre à la tombée de la nuit pour ne pas guider les bombardiers anglais.
Édité le 9 mars 2009 à 08:57 par un ancien membre
