Le pétrole, nerf de la guerre : de Patton à WorldWar

En septembre 1944, les chars de Patton se sont arrêtés faute d'essence, pas faute d'ennemis. Dans WorldWar aussi, une guerre se gagne d'abord au réservoir.

On imagine la guerre comme une affaire de canons, de blindage et de courage. Les généraux, eux, passent une bonne partie de leurs nuits sur une question plus terre à terre : combien de litres reste-t-il, et où ? Trois épisodes de la Seconde Guerre mondiale le rappellent mieux que n'importe quel manuel, et ils expliquent au passage pourquoi, dans WorldWar, l'extracteur de pétrole est le bâtiment que l'on regarde avant de lancer quoi que ce soit.

Un char immobilisé sur la carte, deux jerricans, dont un vide, sous la lampe d'une table de commandement

Septembre 1944 : les chars de Patton s'arrêtent

Fin août 1944, la 3e armée américaine de George Patton traverse la France à une vitesse que personne n'avait prévue. Elle brûle en moyenne 350 000 gallons d'essence par jour, soit plus de 1,3 million de litres. Le problème n'est pas l'ennemi, qui recule : ce sont les ports, restés en Normandie, à plus de 500 kilomètres derrière la ligne de front.

Le 31 août, la dotation quotidienne tombe à 31 000 gallons. Moins d'un dixième des besoins. Pendant cinq jours, début septembre, la 3e armée reste immobile devant la Moselle, et les Allemands en profitent pour se retrancher. Patton, furieux, lâche sa phrase restée célèbre : ses hommes peuvent manger leurs ceinturons, mais ses chars ont besoin d'essence.

Pour combler le vide, l'armée américaine monte le Red Ball Express : près de 6 000 camions qui tournent jour et nuit entre les plages et le front. Le paradoxe est cruel : à la fin août, ces camions consomment eux-mêmes plus de 300 000 gallons par jour. Le convoi boit presque autant que l'armée qu'il ravitaille.

1941 : le Japon entre en guerre pour du pétrole

Le Japon des années 1930 ne produit que 7 % du pétrole qu'il consomme. Le reste est importé, et l'essentiel vient des États-Unis. Quand Washington gèle les avoirs japonais le 26 juillet 1941 puis coupe les exportations de pétrole en août, l'empire perd d'un coup près de 90 % de ses importations.

Les réserves représentent deux à trois ans de consommation en temps de paix, moitié moins en temps de guerre. L'état-major fait le calcul : chaque mois d'attente est un mois de flotte en moins. Quatre mois plus tard, c'est Pearl Harbor, et dans la foulée la conquête des champs pétroliers des Indes néerlandaises et de Bornéo. La guerre du Pacifique commence par une jauge de carburant.

1944-1945 : l'Allemagne fabrique son essence, puis la perd

L'Allemagne n'a presque pas de pétrole. Elle a du charbon, et des chimistes : une vingtaine d'usines transforment ce charbon en carburant synthétique, qui fournit plus de 90 % de l'essence de la Luftwaffe et la moitié de tout le carburant du pays. Au début de 1944, ces usines produisent plus de 124 000 barils par jour.

En mai 1944, les bombardiers alliés changent de cible et visent précisément ces usines. Albert Speer, ministre de l'Armement, prévient Hitler le jour même : si l'ennemi persiste, il n'y aura bientôt plus de production de carburant digne de ce nom. Il persiste. En décembre, l'offensive des Ardennes est planifiée en comptant sur la capture des dépôts de carburant alliés pour avancer ; les colonnes blindées finissent à sec. En février 1945, la production d'essence d'aviation synthétique est tombée à un demi pour cent de son niveau du début de l'année précédente. Les avions restent au sol, les chars dans les hangars.

Et dans WorldWar ?

Le jeu ne simule pas le Red Ball Express, mais il garde la règle qui compte : chaque unité qui part en attaque consomme du pétrole avant même le premier tir. Un soldat en boit une gorgée, un char, un navire ou un avion en boivent beaucoup plus. La page d'attaque vous affiche la facture avant le lancement, ce qui est plus de confort que n'en avait Patton.

Quelques réflexes qui viennent directement des trois histoires ci-dessus :

  • Regardez le réservoir avant de composer l'attaque. Une armée magnifique qui ne peut pas partir ne sert à rien. Si le pétrole manque, c'est l'attaque qu'il faut redimensionner, pas le stock qu'il faut espérer.
  • Un réservoir plein ne produit plus rien. Vos extracteurs remplissent vos réservoirs de pétrole jusqu'à leur plafond, puis le surplus est perdu. Dépenser régulièrement ou agrandir le stockage sont les deux seules réponses.
  • N'envoyez pas des avions faire le travail des soldats. Les unités lourdes coûtent cher à déplacer. Réservez-les aux cibles qui en valent la peine, et gardez de quoi repartir le lendemain.
  • La météo pèse sur la production. Un jour de mauvais temps sur votre base, c'est un extracteur qui tourne au ralenti. Anticipez plutôt que de découvrir le trou au moment du lancement.
  • Une alliance, c'est aussi un dépôt. Le pétrole se met en commun, et un allié à sec la veille d'une guerre, ça se dépanne. Nous en parlions dans notre astuce sur les alliances.

Le nerf de la guerre, vraiment

Les pièces d'or ont eu ce titre pendant des siècles. Depuis 1914, c'est le carburant. Les trois épisodes ci-dessus ont un point commun : dans chaque cas, l'armée qui s'arrête n'a pas perdu une bataille, elle a perdu le compte de ses litres. Sur la carte de WorldWar, la logique est la même, à une échelle plus modeste et sans les conséquences.

Si vous voulez vérifier par vous-même combien de temps une flotte d'avions tient sans extracteur, l'inscription prend moins d'une minute :

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Bon jeu, et surveillez la jauge,
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